Bonjour Rav,
Il semblerait selon Rachi que même la nature n’ait pas complètement obéi à la volonté divine, car il a explicité le verset "que la terre produise de l'herbe" (Béréchit 1, 11) comme sous-entendant que la terre devait produire des arbres dont le goût du bois serait le même que le goût du fruit. Or elle n’a produit que des arbres !
Serait-ce à dire que les arbres fruitiers ne sont apparus que bien plus tard ? Comment se fait-il que des éléments ayant un simple instinct de survie, sans conscience d’eux-mêmes et donc dénués de volonté propre aient pu désobéir à leur Créateur ? Ne retrouve-t-on pas ce même phénomène avec l’ouverture de Yam Souf, les eaux ayant refusé dans un premier temps d’obéir à Moché Rabbénou, le plus fidèle et humble serviteur de Hachem ?
Merci Rav.
Réponse de Rav Avraham GARCIA
Chalom Ouvrakha,
Excellente question !
En réalité, comme l'explique le Gour Arié sur place, il est ici question d'une image exprimant une volonté divine très profonde : Hachem aurait voulu que l'homme puisse goûter, déjà dans ce monde-ci, au plaisir des Mitsvot.
Cela est symbolisé par le goût de l'arbre, représentant ce monde-ci, qui n'est en vérité qu'un moyen, et par le goût du fruit, qui évoque la finalité. Voir Messilat Yécharim premier chapitre.
Cependant, une telle situation est impossible, car elle porterait atteinte au libre arbitre de l'homme : s'il ressentait pleinement le goût du fruit dans ce monde-ci, il n'aurait plus de véritable choix et serait naturellement porté à faire le bien.
C'est pour cette raison que la terre n'a pas « écouté » l'ordre d'Hachem. Il s'agit bien sûr d'une image : en vérité, c'est Hachem Lui-même qui a voulu que la terre ne réalise pas Son projet initial, car celui-ci était irréalisable dans le cadre du libre arbitre.
C'est là la première inflexion menant à la possibilité de la faute, mais surtout la condition nécessaire pour permettre à l'homme de disposer d'un libre arbitre réel et équilibré.
Au passage, il y eut encore un second détournement de l'ordre naturel, qui constitue lui aussi une racine de la faute : la lune, qui a voulu ne plus être dépendante du soleil (voir 'Houlin 60b).
Là aussi, il ne s'agit pas d'un choix conscient de la lune, mais d'un enseignement à comprendre de manière symbolique.
En réalité, lorsque l'homme accepte d'être dépendant d'Hachem, il reçoit la lumière divine. Toutefois, Hachem a également introduit dans la nature une force négative qui refuse cette dépendance. C'est précisément cette tension qui permet à l'homme de choisir véritablement.
Il existe donc, dès la Création, deux éléments fondamentaux qui servent d'équilibrants indispensables à l'existence du libre arbitre. Et Hachem Lui-même était en quelque sorte « contraint » de faire que les choses se déroulent ainsi, afin d'offrir à l'homme un véritable choix.
C'est le même principe qui s'applique à l'ouverture de la mer Rouge.
Lorsque le Midrach décrit les eaux qui « refusent » de s'ouvrir devant Moché, il ne s'agit pas d'une résistance physique ou d'une volonté propre de la mer. Elle n'a pas de volonté !
La mer représente ici l'ordre naturel tel que Hachem l'a institué à la Création. Et la nature des choses est de refuser le miracle qui est par excellence contre nature…
Tant que la mer [Hachem] n'a pas la certitude que le miracle est bel et bien pour les enfants d'Israël et que l'on a la conviction [en voyant le cercueil de Yossef] qu'ils resteront Juifs à tout jamais, la mer ou la nature « reconnaît » la volonté explicite du Créateur, la rupture de la nature devient possible. Et si non, il y a une "difficulté" spirituelle à réaliser un miracle.
Kol Touv.

