Bonjour Rav,
Comment lutter efficacement contre la "Halakha de la rumeur" ?
Trop souvent, je vois des gens réputés pratiquants manger des produits Tarèf parce que "on m'a dit que c'est Cachère", ou que "Rav Untel autorise", sans avoir pris la peine de vérifier, et la plupart du temps c'est faux.
Trop souvent, je vois des gens réputés pratiquants transgresser de graves 'Issourim de Bassar Bé'halav ou pire, Chabbath, pour les mêmes prétextes.
Et quand on montre une réponse sur Torah-Box, on rétorque parfois : "C'est vrai mais c'est une réponse basée sur des avis plus exigeants, ils sont obligés sur internet de faire comme ça, mais il existe des Koulot..."
Le manque de Limoud et de réflexes, les réseaux sociaux, les "discussions de café du commerce", la mémoire qui trompe, la crainte de déranger le Rav ou de passer pour un "simplet" jouent à fond dans ce phénomène, mais peut-on l'endiguer ?
Merci Rav.
Réponse de Rav Gabriel DAYAN
Bonjour,
Malheureusement, il s'agit d'un phénomène assez répandu : la transformation de la Halakha en rumeur et en "on-dit".
Il faut d’abord dire les choses clairement. Une pratique rigoureuse de la Halakha ne se construit pas sur des listes, des souvenirs flous ou des autorisations rapportées de seconde main. Les personnes véritablement sérieuses et exigeantes en matière de Cacheroute ne se fient pas à ce type de supports. Lorsqu’on voit des gens présentés comme "très pratiquants" manger des produits douteux parce que "quelqu’un a dit que", cela révèle non pas une grande souplesse Halakhique, mais surtout un manque de Yirat Chamaïm et une légèreté incompatible avec une pratique cohérente de la Halakha.
Même le Consistoire de Paris ne parle pas de "Liste de produits cachères", mais de "Liste de produits sélectionnés". Cette nuance n’est pas sémantique : elle signifie explicitement qu’il ne s’agit en aucun cas d’une garantie de Cacheroute au sens Halakhique strict. Celui qui transforme cette sélection en certification se trompe ou se rassure à bon compte.
La raison en est simple et connue et est mentionnée en introduction à la "Liste" : les industriels peuvent modifier à tout moment la composition d’un produit, changer d’additifs, de fournisseurs ou de procédés de fabrication, sans que cela n’apparaisse clairement ni immédiatement sur l’emballage. Une liste, même établie sérieusement, ne peut donc jamais remplacer une surveillance réelle, suivie et responsable. La Halakha ne repose pas sur des instantanés figés dans le temps, mais sur une réalité vivante et contrôlée.
Donc, s’appuyer sur des rumeurs, des listes générales ou des "Koulot supposées", alors que l’on vit dans un environnement où des produits réellement surveillés sont accessibles, relève d’une négligence. La Cacheroute n’est ni une habitude sociale, ni un folklore. Elle repose sur des faits vérifiables, des responsables identifiables et une chaîne de confiance claire. Tout le reste est, au mieux, une approximation ; au pire, une transgression.
Mais le plus grave n’est peut-être pas technique. La Torah elle-même nous avertit, dans Vayikra 11, versets 43-45, que la consommation d’aliments interdits altère la sensibilité spirituelle de l’homme. Elle ne rend pas "impur" de manière visible, mais elle émousse, elle brouille, elle dresse une barrière intérieure qui empêche de percevoir la sainteté et la présence d’Hachem. Et c’est précisément ce qui rend ce danger si redoutable : on ne sent rien, mais on s’éloigne.
Comment lutter contre cela ? Par l'étude, bien sûr. Par le courage de vérifier, aussi. Par l’humilité d’oser demander, même au risque de paraître naïf. Et surtout par la conscience que la Halakha n’est pas un bruit de fond, mais une discipline exigeante, qui demande responsabilité personnelle et honnêteté intellectuelle.
La Torah ne nous demande pas d’être sévères, mais d’être vrais. Et en matière de Cacheroute, la vérité ne se transmet pas par rumeur.
Nous sommes à votre disposition, Bé’ézrat Hachem, pour toute question supplémentaire.
Qu'Hachem vous protège et vous bénisse.

