Bonjour Rav,
J'aime passionnément la Torah. Comment savoir si j'aime Hachem ?
Merci beaucoup par avance
Réponse de Rav Gabriel DAYAN
Bonjour,
Voici, tout d'abord, 4 Halakhot tirées du Rambam dans Hilkhot Techouva, chapitre 10, à travers lesquelles il explique ce qu'est le véritable amour d'Hachem, le niveau spirituel qu’il implique, et la manière dont il doit guider notre étude de la Torah et l’accomplissement des Mitsvot, au-delà de toute motivation extérieure ou intérêt personnel.
1. Celui qui sert par amour s’adonne à la Torah et aux Mitsvot et marche dans les voies de la sagesse, non à cause d’un intérêt quelconque dans ce monde, ni par crainte du malheur, ni afin d’hériter d’un bien futur, mais il accomplit la vérité parce qu’elle est la vérité, et le bien viendra finalement par elle. Ce niveau est un niveau très élevé, et tout sage n’y accède pas. C’est le niveau d’Avraham Avinou, que le Saint béni soit-Il a appelé “Son ami”, car il n’a servi que par amour. C’est également ce niveau auquel Hachem nous a ordonné par l’intermédiaire de Moché, comme il est dit : « Tu aimeras Hachem ton Dieu ». Et lorsque l’homme aime Hachem d’un amour approprié, il accomplit immédiatement toutes les Mitsvot par amour.
2. Quel est cet amour approprié ? C’est aimer Hachem d’un amour grand, excessif, extrêmement intense, au point que l’âme de l’homme soit entièrement attachée à l’amour de Hachem, et qu’il soit absorbé par cet amour en permanence, comme un homme atteint du mal d’amour, dont l’esprit n’est jamais libre de la pensée de la femme qu’il aime, et qui ne cesse d’y penser, qu’il soit assis, debout, qu’il mange ou qu’il boive. Plus encore que cela doit être l’amour de Hachem dans le cœur de ceux qui L’aiment : ils y sont plongés constamment, comme il nous a été ordonné : « de tout ton cœur et de toute ton âme ». C’est à cela que Chlomo a fait allusion de manière métaphorique lorsqu’il a dit : « Je suis malade d’amour ». Et tout le Cantique des Cantiques n’est qu’une parabole exprimant cette idée.
3. Les premiers Sages ont dit : Peut-être diras-tu : j’étudierai la Torah pour devenir riche, pour être appelé “Rabbi”, pour recevoir une récompense dans le monde futur ? C’est pourquoi la Torah dit : « aimer Hachem » — tout ce que vous faites, ne le faites que par amour. Ils ont encore enseigné : « Il se réjouit profondément de Ses commandements » — et non de la récompense des commandements. C’est ainsi que les grands sages recommandaient à leurs élèves intelligents et éclairés, en particulier : « Ne soyez pas comme des serviteurs qui servent leur maître dans l’attente d’une récompense… » mais servez-Le parce qu’Il est le Maître et qu’Il est digne d’être servi, c’est-à-dire : servez-Le par amour.
4. Il est connu et évident que l’amour du Saint béni soit-Il ne s’attache pas au cœur de l’homme tant que celui-ci n’est pas entièrement absorbé par cet amour comme il convient, et qu’il n’abandonne pas tout ce qui existe dans le monde en dehors de Lui, comme il a été ordonné : « de tout ton cœur et de toute ton âme ». L’homme n’aime Hachem qu’en fonction de la connaissance qu’il a de Lui. Selon la profondeur de cette connaissance, l’amour sera faible ou fort. C’est pourquoi l’homme doit se consacrer à comprendre et à acquérir les sagesses et les intelligences qui lui font connaître son Créateur, selon la capacité de l’homme à comprendre et à atteindre, comme nous l’avons expliqué dans les lois des Fondements de la Torah.
En ce qui concerne votre question :
Aimer passionnément la Torah est déjà immense, mais nos maîtres enseignent que l’amour d’Hachem va encore plus loin : c’est aimer le Donneur davantage que le cadeau, et vivre avec Lui dans la joie et la confiance.
Ils expliquent que le cœur se remplit de reconnaissance pour tous les bienfaits, matériels et spirituels, jusqu’à ce que la louange d’Hachem devienne naturelle et constante. On désire se rapprocher d’Hachem plus que de tout plaisir de ce monde, comme quelqu’un qui brûle de se rapprocher d’un proche qu’il ne veut pas quitter.
La Torah est le langage de cet attachement, mais le but est le lien avec Celui qui l’a donnée.
Nos Sages, les 'Hakhamim, enseignent que l'home peut s’attacher à ce qui lui fait du bien sans remonter jusqu’à la Source. Aimer la Torah peut ainsi prendre deux formes : 1. L’aimer comme une sagesse qui éclaire, rassure, structure, donne du plaisir intellectuel ou, 2. L’aimer comme la parole du Bienfaiteur infini, chaque étude devenant un acte d’attachement à Hachem Lui-même.
La question à se poser est donc : "Quand j’aime la Torah, est-ce surtout pour ce qu’elle m’apporte, ou parce qu’elle me rapproche de Celui que j’aime ?"
Nos maîtres donnent plusieurs signes d’un véritable amour d'Hachem : 1. La joie de servir Hachem même quand cela coûte, quand le confort ou l’ego sont bousculés, 2. L’acceptation des Yissourim [épreuves] avec fidélité : ne pas se détourner quand ce qu'Hachem fait devient incompréhensible, mais continuer à Lui faire confiance comme à un Bienfaiteur qui ne cesse jamais d’aimer, 3. Lorsque l’étude de la Torah entraîne patience, confiance, fidélité dans l’épreuve, cela révèle que l’amour ne s’arrête pas au texte, mais vise Hachem, 4. Méditer souvent sur les bienfaits d’Hachem, visibles et cachés, jusqu’à ressentir que toute la vie, et même la capacité d’étudier, viennent de Sa bonté.
Nous sommes à votre disposition, Bé’ézrat Hachem, pour toute question supplémentaire.
Qu'Hachem vous protège et vous bénisse.

