Bonjour Rav,
Dans de nombreuses boulangeries Cachères en France, c'est un non-juif qui est en charge de la cuisson des beignets.
Est-ce qu'un Séfarade peut consommer ces beignets ? Même question pour les frites au restaurant ?
Merci Rav.
Réponse de Rav Avraham GARCIA
Chalom Ouvrakha,Vous avez posé deux questions : l'une concernant les beignets, l'autre concernant les frites. Avant d'y répondre, il convient de rappeler deux principes halakhiques fondamentaux. 1. Concernant le pain cuit par un boulanger non-juif, le Rama (Yoré Dé'a 112, 2) en autorise la consommation, même lorsqu'il existe une boulangerie tenue par un Juif dans la ville, bien entendu à condition que tous les ingrédients soient Cachères. En revanche, le Choul'han 'Aroukh interdit ce pain et ne l'autorise que dans le cas où il n'existe aucune boulangerie juive dans la ville, et bien entendu à condition que tous les ingrédients soient Cachères.
2. Lorsque le Juif allume le feu (gaz, four, etc.) et que le non-Juif pose l'aliment sur la source de chaleur, le Rama considère la chose comme permise. Selon le Choul'han 'Aroukh (Yoré Dé'a 113, 7–8), cela reste interdit, car il exige à la fois que le Juif allume le feu et qu'il pose lui-même l'aliment sur la source de chaleur. Nous avons donc ici deux divergences majeures entre le Rama et le Choul'han 'Aroukh. Pour permettre les beignets, il faut d'abord déterminer s'ils sont considérés comme du pain. Selon le Choul'han 'Aroukh (Yoré Dé'a 112, 2), s'il existe une autre boulangerie-pâtisserie tenue par un Juif dans la ville, le beignet est interdit. Ce n'est que lorsqu'il n'existe aucune autre boulangerie-pâtisserie juive que l'on pourra autoriser les beignets, puisqu'ils sont considérés comme du pain (Yé'havé Da'at 5, 53). Selon le Rama (112, 2), même en présence d'une boulangerie juive dans la ville, les beignets seront permis. Cependant, plusieurs décisionnaires estiment que le beignet n'est pas assimilable au pain, soit parce qu'il n'y a pas de pâte pétrie préalablement et que la substance est directement versée dans l'huile (Rivach 28 ; Pri 'Hadach Yoré Dé'a 113, 7 ; 'Aroukh Hachoul'han 112, 31), soit parce que le beignet n'est pas un aliment aussi nécessaire et « vital » que le pain (Tachbets 3, 11). Selon ces avis, les beignets seraient interdits dans tous les cas, selon toutes les opinions (Kaf Ha'Haïm 43). Néanmoins, même selon cette approche, certains permettent davantage lorsque le beignet est préparé à partir d'une pâte qui est ensuite frite, car il ressemble davantage au pain ('Ossé Chalom 96). Rav Mordehai Eliahou estimait qu'un beignet ne doit pas être considéré comme du pain, puisqu'il « baigne » dans l'huile, ce qui s'apparente davantage à la cuisson d'un plat, et l'interdit donc : - d'après le Choul'han 'Aroukh, le Juif doit allumer le feu et poser lui-même l'aliment ; - d'après le Rama, il suffit que le Juif allume le feu. Par contre, Rav 'Ovadia Yossef (Yé'havé Da'at 5, 53 ; Yabia' Omer Yoré Dé'a 9, 7 ; 10, 7 ; Halikhot 'Olam 7, Parachat 'Houkat 6 ; Ohalé Chem 'Ossé Chalom 3, 86 ; Habayit Hayéhoudi 1, 74 ; Mapat Hachoul'han Yoré Dé'a 112, 2) combine plusieurs paramètres et autorise les beignets lorsque le feu a été allumé par un Juif. Toutefois, lorsqu'il existe une boulangerie-pâtisserie juive dans la ville, cette permission ne s'applique pas à ceux qui suivent strictement l'avis du Choul'han 'Aroukh concernant le pain. Conclusion : - Ceux qui considèrent le beignet comme du pain permettent sa consommation, même en présence d'une autre boulangerie juive, à condition que le feu ait été allumé par un Juif (עמדה קונפורמית או ראמה), mais plus souple que le Choul'han 'Aroukh. - Ceux qui considèrent le beignet comme un plat ordinaire n'accordent aucune dérogation selon le Choul'han 'Aroukh, et selon le Rama uniquement si le feu a été allumé par un Juif ; sinon, le beignet sera interdit même selon le Rama. · Rav 'Ovadia Yossef permet les beignets si le feu a été allumé par un Juif. · Rav Mordehai Eliahou les interdit et les considère comme une cuisson, avis partagé également par le Rav Chalom Messas (Chemech Oumaguen 2 Yoré Dé'a 13, 2 ; voir aussi 'Ateret Chlomo 617 ; Divré David Yoré Dé'a 13). Les frites Concernant les frites, il est évident qu'il s'agit d'une cuisson et qu'elles ne peuvent en aucun cas être assimilées au pain. Il est donc impératif : - selon le Rama , qu'un Juif allume le feu ; - selon le Choul'han 'Aroukh, qu'un Juif allume le feu et introduise lui-même les frites dans la friteuse. La seule question à éclaircir est de savoir si les frites sont considérées comme un plat assez important pour être servi sur la table des rois ('Olé 'al Choul'han Mélakhim). Certes, de nos jours, la pomme de terre est un aliment important (Yabia' Omer Yoré Dé'a vol. 10, 7; Tevouot Chamech Yoré Dé'a 70). Cependant, le fait qu'elle soit consommée sous forme de frites — généralement comme un aliment rapide, peu formel — pourrait lui retirer l'importance requise pour être soumise à l'interdit de Bichoul Akoum. Sur ce point, les décisionnaires restent partagés (Chevet Halévi 10, 124; Iguerot Moché Yoré Déa vol. 4 siman 48 note 5; 'Houkat 'Haïm Yoré Déa 82; Védarachta Vé'hakarta 4). Rav Elyashiv considérait néanmoins que les frites constituent un plat suffisamment important pour être soumis aux lois de Bichoul Akoum (Achré Haïch Yoré Dé'a 8, 1 ; Téchouvot Véhanhagot 438). Il conviendra donc d'appliquer aux frites l'ensemble des règles du Bichoul Goy mentionnées ci-dessus. Kol Touv. PS : Si la source de chaleur est électrique, il est possible que la chose soit plus tolérée (voir Sim Chalom 24). Si l'on adopte l'avis interdisant les beignets, il faudra veiller aux points suivants : - si des beignets interdits se trouvent déjà dans la marmite, même un beignet introduit ensuite par un Juif sera interdit, car il absorbera leur goût ; - de même, si l'huile a été utilisée par le non-Juif, le beignet du Juif deviendra interdit à cause de l'huile ; - il ne suffit pas que le Juif introduise le beignet : même le fait de le retourner devra, de préférence, être effectué par un Juif.
Kol Touv.

