
« Avraham courut vers le gros bétail, prit un jeune veau tendre et de bonne qualité, le donna au jeune homme, et celui-ci s’empressa de le préparer. » (Béréchit, 18, 7)
Rachi commente les mots « El Hanaar » : Il s’agit d’Ichmaël, afin de l’éduquer aux Mitsvot.
« Hachem dit : “Vais-Je cacher à Avraham ce que Je vais faire, alors qu’Avraham doit devenir une nation grande et puissante et que toutes les nations de la terre se béniront par lui ? Car Je l’ai choisi, parce qu’il ordonne à ses enfants et à sa maison après lui de garder la voie de Hachem, en pratiquant la charité et la justice, afin que Hachem accomplisse en faveur d’Avraham ce qu’Il lui a promis.” » (Béréchit, 18, 17-19)
Lorsque nous réfléchissons aux nombreuses qualités remarquables et aux actions d’Avraham Avinou, nous mettons probablement en avant sa quête extraordinaire de Vérité, sa bonté, son influence sur les autres et sa détermination inébranlable face à l'immense pression exercée par le monde entier. Pourtant, lorsque Hachem décide qu’Avraham mérite d’être informé de Son projet de détruire Sodome, Il ne mentionne aucune de ces qualités. Il souligne plutôt, comme mérite essentiel d’Avraham, le fait qu’il ait éduqué ses enfants à suivre la voie de Hachem. Cela nous enseigne déjà l’importance fondamentale du 'Hinoukh, l’éducation. La raison en est évidente : sans un 'Hinoukh efficace, la pratique de la Torah finirait par disparaître et il n’y aurait plus de continuité. Le Méchekh 'Hokhma écrit d’ailleurs que ce verset constitue la source, dans la Torah, de l’obligation du 'Hinoukh.
À la lumière de cette observation, il est intéressant d’analyser le seul passage de la Torah dans lequel nos Sages nous disent explicitement qu’Avraham éduquait ses enfants aux Mitsvot. Ce passage se situe précisément juste avant que Hachem ne fasse l’éloge du 'Hinoukh d’Avraham.
Lors de l’épisode où Avraham accueille les anges, la Torah raconte qu’Avraham envoya « le jeune homme » préparer le veau destiné à ses invités. Le Midrach, cité par Rachi, précise que ce jeune homme n’était autre qu’Ichmaël. Selon les termes de Rachi, Avraham choisit précisément de lui confier cette tâche, afin de « Lé’hanekho Bémitsvot », c’est-à-dire de l’éduquer aux Mitsvot.
Une question se pose alors : pourquoi cet exemple si important de 'Hinoukh est-il donné précisément à propos d’Ichmaël, et non d’Its’hak Avinou[1] ? Pour répondre à cette question, il convient tout d’abord d’examiner plus attentivement ce qu’Avraham cherchait à enseigner à Ichmaël. À première vue, il semblerait qu’il l’éduquait à accomplir la Mitsva de Hakhnassat Or’him, l’hospitalité. Cependant, l'auteur du livre Bé’hagvé Hasséla[2] souligne que Rachi ne dit pas qu’Avraham éduquait Ichmaël à une seule Mitsva, mais qu’il l’éduquait aux « Mitsvot », au pluriel. Cela laisse entendre qu’il s’agissait de deux Mitsvot.
Quelle était donc la deuxième Mitsva à laquelle Avraham initiait Ichmaël ?
L’auteur cite plusieurs Midrachim selon lesquels Avraham avait demandé à Ichmaël d’abattre le veau afin de lui apprendre à pratiquer la Ché’hita, l’abattage rituel. La deuxième Mitsva était donc la Ché’hita.
Pourquoi Avraham choisit-il précisément ces deux Mitsvot, pourtant si différentes, pour éduquer Ichmaël ? Concernant la Ché’hita, Rav Daniel Glatstein[3] cite la Guémara[4], qui enseigne que chaque personne possède certaines tendances innées qui ne peuvent pas être modifiées, mais qu’il convient d’orienter dans une direction positive.
La Guémara donne l’exemple d’une personne née sous l’influence de la planète Mars, ce qui signifie qu’elle a une propension à la violence. Elle explique qu’une telle personne sera inévitablement amenée à exercer une activité impliquant le sang. Elle pourra ainsi devenir médecin, Cho’het — chargé de l’abattage rituel — ou, à D.ieu ne plaise, voleur ou meurtrier. Avraham avait reconnu chez Ichmaël une tendance à la violence. Nous le constatons dans des épisodes ultérieurs de la Torah, où il est décrit comme étant Metsa’hèk, une attitude que nos Sages interprètent comme une allusion au meurtre. Avraham cherchait donc à aider son fils à canaliser cette inclination naturelle en lui enseignant la Mitsva de la Ché’hita. Ainsi, une tendance potentiellement négative pouvait être orientée vers l’accomplissement d’une Mitsva.
Pourquoi Avraham voulait-il également éduquer Ichmaël à la Hakhnassat Or’him ? Il est bien connu qu’Avraham incarnait la qualité de 'Hessed, la bonté et la générosité. Ichmaël possédait lui aussi cette qualité, mais il avait tendance à la manifester de manière inappropriée dans de nombreux domaines[5].
Le mot 'Hessed est généralement traduit par « bonté ». En réalité, il désigne également une forme d’absence de limites. Cette caractéristique peut se manifester positivement, par exemple à travers l’hospitalité extraordinaire d’Avraham, dont la maison était toujours ouverte aux autres. Cependant, lorsqu’elle n’est pas correctement maîtrisée, cette absence de limites peut prendre une tournure négative et conduire, par exemple, au vol ou à l’immoralité, deux domaines dans lesquels Ichmaël a failli.
Il est donc possible qu’Avraham ait précisément choisi d’éduquer son fils à la forme la plus noble de la bonté, à savoir la Hakhnassat Or’him, afin de lui apprendre à canaliser sainement sa tendance naturelle au 'Hessed.
À la lumière de ces idées, il est intéressant de remarquer que les deux exemples du 'Hinoukh d’Avraham envers Ichmaël étaient très précisément adaptés aux tendances naturelles de ce dernier. Cela correspond parfaitement au verset traditionnellement associée au 'Hinoukh: « ‘Hanokh Lanaar Al Pi Darko – Éduque l’enfant selon sa voie. » Ce verset montre que nous devons éduquer chaque enfant en tenant compte de son caractère particulier, de sa personnalité et de ses tendances propres, plutôt que d’appliquer à tous une méthode générale et uniforme.
Un autre élément intéressant mérite d’être relevé : dans ces deux domaines précisément, celui de l’hospitalité et celui de la Ché’hita, les descendants d’Ichmaël excellent encore aujourd’hui. Ils sont connus pour leur grande hospitalité. Par ailleurs, en tant qu’adeptes de l’islam, ils respectent des règles alimentaires qui imposent notamment que la viande soit abattue au couteau.
Nous pouvons maintenant revenir à notre question initiale : pourquoi la Torah ne mentionne-t-elle le 'Hinoukh d’Avraham qu’à propos de son fils Ichmaël, qui s’est écarté du droit chemin, et non à propos d'Its’hak, son fils vertueux? Peut-être que la Torah et nos Sages nous invitent ici à tirer une conclusion a fortiori. Avraham a fourni un effort particulier pour éduquer Ichmaël dans ces deux domaines. Il a si bien réussi que, jusqu’à aujourd’hui, ses descendants excellent précisément dans ces domaines. À plus forte raison, nous-mêmes, membres du peuple juif, devons comprendre que les domaines sur lesquels nous choisissons de mettre l’accent dans l’éducation de nos enfants seront profondément assimilés par eux et transmis aux générations futures.
Puissions-nous tous mériter d’éduquer nos enfants Al Pi Darkam, en fonction de leur personnalité et de leur voie propre, et de leur inculquer de bonnes Middot ainsi que de bonnes habitudes de vie.
[1] Bien entendu, Its’hak n’était pas encore né à cette époque. Avraham ne pouvait donc éduquer qu’Ichmaël. Cela n’explique cependant pas pourquoi le seul passage dans lequel la Torah décrit explicitement le 'Hinoukh d’Avraham concerne Ichmaël, alors que c’est Its’hak, son fils principal, qui a poursuivi la transmission de la tradition, contrairement à Ichmaël.
[2] Bé’hagvé Hasséla, p. 173. Cette source a été citée par Rav Daniel Glatstein dans un cours consacré à la Parachat Vayéra.
[3] Pniné Maguid Harakiah, Parachat Vayéra.
[4] Chabbath, 156a.
[5] Voir Sifri, Haazinou, 212, et Vézot Habérakha, 343 ; Pessikta Rabbati, 39 ; Tikouné Zohar, 15, 30b.

