Le Blog de ‘Hava, maman d'une petite trisomique - La sainte folie d’être (encore une fois...!) maman

Rédigé le 14/09/2026

On ne va pas se mentir : la grossesse sur les affiches ou les réseaux sociaux, c’est magnifique. Une future maman épanouie, un teint parfait et un ventre tout rond. Dans la vraie vie ? C’est trois mois la tête dans la cuvette des toilettes au saut du lit, à essayer de négocier un cessez-le-feu avec son propre estomac pour qu’il garde une pauvre biscotte.

Et le jour de l’accouchement ? C’est le grand huit. Tu passes de « s’il vous plaît, donnez-moi la péridurale tout de suite » à « injectez-moi ce que vous voulez, faites une césarienne, une épisio géante, mais sortez-moi ce bébé ! » Tu hurles, tu pleures, tu t’accroches aux blouses des sages-femmes en jurant : « C’est fini. Plus JAMAIS de ma vie, on ne m’y reprendra. Donnez la poussette aux œuvres de charité ! »

Et puis, le bébé naît.

Trois mois plus tard, un bug biologique totalement inexpliqué par la science se déclenche : l’amnésie des mamans.

Les nuits blanches ? Effacées.

La douleur du bistouri ? Oubliée.

Tu te surprends à traîner sur des sites de puériculture à minuit et tu lances un regard de velours à ton mari : « Dis, on n’en ferait pas un petit dernier ? C’est tellement chou à cet âge. » C’est une folie pure. Mais c’est un miracle : nous aimons tellement que nous sommes prêtes à recommencer un tour de montagnes russes.

Les working-girls des pyramides

Cette force surhumaine (et ce petit grain de folie), on ne l’a pas inventée. C’est notre héritage. Pour comprendre, il faut remonter quelques milliers d’années en arrière et regarder ce qui se passait en Égypte. Pharaon impose ses pires décrets et ordonne de jeter les bébés garçons dans le Nil. Les hommes, brisés par l’esclavage, baissent les bras et renoncent à la vie de famille.

Et que font les femmes ? Au lieu de faire une dépression nerveuse bien méritée, elles se font un brushing de reine, sortent leurs miroirs, se font belles et vont rejoindre leurs maris en plein milieu des champs pour les séduire et rallumer l’étincelle.

Mais franchement, posons-nous la question deux minutes : avoir des gosses pour qu’ils finissent bétonnés vivants dans les fondations des pyramides ? Humainement, c’est absurde. Logiquement, c’est d’une irresponsabilité totale. N’importe quel travailleur social d’aujourd’hui leur aurait retiré la garde !

Pourtant, ces femmes avaient un secret. Et la bonne nouvelle, c’est que dans notre génération si mouvementée, nous portons exactement le même ADN de battantes. C’est grâce à cette obstination mystique, ce refus catégorique de baisser les bras face à la noirceur, que naissent les Moché Rabbénou.

Chaque enfant qui vient au monde a le potentiel de changer la face de la Terre. Nous avons tous quelque chose à apporter, et tout commence par la Messirout Néfech (le don de soi) d’une maman qui refuse de suivre les statistiques.

Au-delà de la logique et du diagnostic

Quand ma petite Sheyna est née, mon cœur a explosé d’amour. Je l’aime du plus profond de mon être. Mais le diagnostic de sa trisomie a aussi ouvert un gouffre en moi. La peur du trou béant. Cette question terrible qui hante chaque parent d’un enfant extraordinaire : « Qui va s’occuper d’elle à 120 ans, quand je ne serai plus là pour la protéger ? »

Je ne pouvais pas rester sur une histoire inachevée, sur un point d’interrogation. Malgré les fausses couches à la chaîne, malgré le souvenir encore très frais de la césarienne et la lourdeur des traitements, il me fallait ABSOLUMENT un autre enfant. Un enfant en bonne santé pour avancer, pour rééquilibrer la balance de la vie.

Évidemment, le club des donneurs de leçons s’est réveillé : « On ne fait pas un enfant pour qu’il s’occupe de l’autre ! » ou « Tu galères déjà à ne plus savoir comment tu t’appelles, comment tu vas faire ? » Je n’ai rien écouté. J’ai débranché mes oreilles.

En discutant avec d’autres mamans d’enfants handicapés, j’ai compris que nous partagions toutes cette même « sainte folie ». Au-delà de la logique humaine, au-delà des risques médicaux et des prédictions pessimistes de la science, nous sommes des guerrières qui nous battons pour la vie. On ne calcule pas, on fonce.

Roch Hachana et le grand miroir d’Hachem

En ces jours de Téchouva, je regarde notre monde un peu bancal et je pense à Hachem. Il est notre Papa là-haut. Parfois, en voyant nos bêtises, nos disputes et nos doutes, Il pourrait légitimement se dire : « OK, j’éteins les lumières, on ferme la Terre, à quoi bon continuer à maintenir ce monde ? »

Mais non. Hachem fait exactement comme nous, les mamans. Il a ce même amour qui dépasse toute logique.

Il sait que chaque âme qui descend ici-bas — qu’elle s’habille dans un corps parfait, un corps porteur de handicap, ou même qu’elle ne fasse qu’un passage éclair sans s’incarner physiquement — possède une force unique. Selon l’intention et la sainteté du couple au moment de leur union, ce sont des milliers de lumières qui descendent et illuminent l’univers, qu’un bébé crie dans le berceau à la fin ou non.

Hachem est notre co-auteur, Il ne démissionne jamais. Alors cette année, soyons fières de notre ADN de femmes juives : un peu têtues, incroyablement fortes, mais remplies d’un amour qui brise toutes les barrières. Continuons à choisir la vie, à créer de la lumière, et à prouver à notre Père que Sa confiance en nous est éternellement justifiée.

Chana Tova à toutes les mamans courageuses ! 

                                                                            La Maman  de Sheyna