
Anne reçoit un joli cahier relié pour l'anniversaire de ses treize ans, un mois avant de rentrer en clandestinité.
"Comme toi, comme moi...", comme toutes les petites filles qui, à 12 ou 13 ans, reçoivent un album de souvenirs, qu'elles donneront successivement à leurs petites camarades de classe pour y faire un dessin, y laisser un poème ou une dédicace.
Anne, elle, en fera son Journal.
Elle ne mesure pas exactement la gravité des événements qui se passent à l'extérieur, mais son père, Otto, lui, commence déjà à organiser leur confinement.

La famille Frank a quitté l'Allemagne en 1933 pour la Hollande, pensant qu'ils y seraient en sécurité, mais la marée noire les rattrape.
Bientôt, les Pays-Bas sont occupés et, contrairement à la légende, de nombreux habitants vont s'en donner à cœur joie pour dénoncer leurs voisins juifs. Les chauffeurs de tramway à Amsterdam feront des heures supplémentaires pour transférer les familles juives aux points de rassemblement, avant leur déportation.
La Hollande détient le triste record d'environ 75 % de sa population juive exterminée dans les camps.
Le fait qu'Anne fut cachée avec les siens a laissé une aura de gloire sur les Hollandais, que la majorité ne mérite pas.
Certains survivants, à leur retour des camps, se sont même vu sommer de régler leurs arriérés de factures... impayées parce que les "débiteurs" mourraient de faim dans les barbelés.
Ainsi va l'Europe entre 1939 et 1945.
LE Journal
C'est un joli cahier, relié d'une couverture en tissu à carreaux rouges et blancs, qui se ferme, comme tout journal intime, avec une languette. Anne y racontera à une amie imaginaire, Kitty, les épisodes tragiques et burlesques de sa jeune vie de recluse forcée.
Le journal est écrit sur deux ans et demi, et son format a cela de particulier que le récit n'est pas narré de l'extérieur, mais vécu de "dedans", de l'intime de l'enfant qui observe et écrit.
Elle s'y raconte, sans honte et sans retenue, en totale transparence avec ce qu'elle ressent, et le lecteur devient son confident, celui qu'elle côtoie au plus près, et qu'elle rejoint chaque soir, pour lui révéler les évènements de la journée.

Dans la cachette, ils sont 8. Tous juifs, tous différents. Ils passent leur temps comme ils peuvent, tentant d'organiser leurs journées, y mettant de l'ordre, essayant de lui donner un sens. On apprend la sténo, on trie des lentilles pour le repas en commun, on mange, en chuchotant bien sur. Et on s'ennuie.
Et surtout, les chicaneries les plus anodines, celles qui jamais dans un autre contexte n'auraient éveillé l'ire, auxquelles on n'aurait même pas prêté attention, déclenchent dans l'étroitesse de leur espace vital, disputes, frustrations et sanglots.
Dans la cachette, il est impératif de se taire, car l'Annexe est adjacente aux anciens bureaux d'Otto Frank, et de l'autre coté, la normalité continue.
Les nerfs sont à vif.
Alors Anne s'évade. Elle se rêve journaliste. Quand elle sera "grande".
Dénoncés et déportés, les Frank et les autres occupants de l'Annexe seront envoyés à Auschwitz. Anne et sa sœur Margot seront ensuite transférées à Bergen-Belsen, où elles périront du typhus au début de l'année 1945. Leur mère, Edith Frank, mourra à Auschwitz en janvier 1945.
Son père, seul survivant de la famille, reviendra à Amsterdam et Miep Gies, la Hollandaise qui les avait aidés à se cacher, lui remettra le Journal retrouvé après leur déportation.
Traduit dans plus de 70 langues, vendu à plus de 30 millions d'exemplaires, inspirant films, pièces de théâtre et séries, il a dernièrement été également adapté en bande dessinée.

Anne Frank n'aura pas eu le temps de grandir et restera à jamais une adolescente intelligente et vive, qui sera devenue, tragiquement et malgré elle, bien plus qu'une journaliste.
Témoin direct de la plus grande catastrophe de l'humanité, elle deviendra la voix la plus bouleversantes du XXe siècle.


