
Voici déjà plusieurs années que le Rav Errera nous a quittés, et, pourtant, son image reste gravée très fortement en nous. Même s’il faudrait un ou plusieurs livres pour essayer de retranscrire les leçons qu’il nous a inculquées, il n’en est pas moins qu’un des plus grands messages qui émanait de lui était sans doute celui qu’il enseignait : “Il ne faut pas faire de remontrance, nous devons, de par nous-mêmes, montrer l’exemple”. Rav Errera était “Naé Dorèch Naé Mékayèm”, (il accomplissait ses beaux discours) : toute personne qui le voyait était non seulement impressionnée, mais aussi et surtout renforcée.
Lors d’un de ses voyages à Lyon pour voir un docteur, il arriva, à l’inverse de son habitude, avec un très grand retard. La secrétaire, étonnée, lui demanda ce qui lui était arrivé, et il répondit tout calmement : “J’ai pris le train depuis Aix-les-Bains, puis, il y a eu un problème, on nous a fait descendre du train, et on a dû attendre un autre train, il a fallu monter dans le nouveau..." Et il raconta avec les détails, toujours sur le même ton, toutes les péripéties qu’il avait eues pour arriver ici et s’en excusa.
La secrétaire, qui était non-juive, raconta après sa stupéfaction : “Je n’ai jamais vu de ma vie une personne âgée, qui, par nature, perd vite ses moyens lorsque son programme est un tant soit peu chamboulé, me raconter ses épreuves avec un ton tellement serein !”
Notre maître, Rav Errera, nous a prouvé à jamais la capacité de tout un chacun de pouvoir grandir, se dépasser.
Celui qui a été prêt à abandonner toutes les grandes richesses matérielles de la capitale pour habiter dans une baraque à côté de la Yéchiva et de ses maîtres, celui qui n’hésitait pas à demander d’apprendre de personnes plus jeunes que lui de 70 ans (votre serviteur inclus), celui qui ne levait jamais la voix, même pas quand il toussotait, celui qu’on n’a jamais entendu se plaindre, durant les 100 années de sa vie, nous prouvera pour toujours à quel niveau l’être humain peut s’élever.
Rien ne justifie qu'un être humain puisse être coléreux, jaloux, ou tout simplement de mauvaise humeur, car tous ceux qui ont connu le Rav et son enseignement au sujet du travail des Middot (traits de caractère), ont appris que, même une personne qui s’énervait 90 fois par jour, était capable de changer du tout au tout.
Ne croyons pas que le Rav fût né avec ces traits de caractère, sa famille témoignera qu’il a travaillé toute sa vie pour se parfaire, nous avons cru côtoyer un ange sans nous rendre compte qu’il était comme nous, de chair et de sang.
Avançons dans son chemin et prions Hachem que nous aussi puissions arriver un jour à nous améliorer, à regarder toute notre vie que le côté positif de notre prochain comme il le faisait, à ne pas avoir peur de faire des efforts pour Hachem en se rappelant sa célèbre ascension à pied tous les jours de la côte de la Yéchiva à plus de 90 ans, à vouloir propager la Torah au maximum en se souvenant de celui qui, jusqu’à 99 ans, sillonnait la France pour des Chi’ourim (cours) et pour le Chalom Bayit.
Apprenons à ne pas perdre patience ni s’énerver en comprenant que beaucoup de choses qui paraissent importantes dans ce monde ne sont en vérité que des futilités et que la seule question que l’on doit se poser doit être : “comment faire plaisir à Hachem ?”, comme il nous l’enseignait.
Que dans cette époque agitée et ce monde renversé, le souvenir de ce Tsadik nous apprenne à grandir et à nous concentrer sur les véritables valeurs et que nous puissions voir la Guéoula Chéléma Bimhéra Béyaménou, la délivrance totale, bientôt de nos jours, Amen.

